La crosse épiscopale de Mgr Laborde

La crosse épiscopale de Mgr Laborde, façonnée en argent doré dans un style néogothique – art nouveau typique de la fin du XIXe-début XXe, est l’une des plus belles aujourd’hui conservées au Musée d’Art Religieux de Blois.

Une crosse entièrement ouvragée

La crosse, haute de 192 cm, est entièrement décorée. Elle se compose d’une hampe à six douilles et un nœud surmontée par un crosseron. La hampe est ornée dans sa longueur d’un décor incisé de résilles entrelacées formant un motif d’alvéoles inscrites de fleurs.

En partant du bas, les trois premières douilles de la hampe sont en forme de fleurs. La quatrième douille moulurée est suivie d’une section émaillée bleue ornée de motifs floraux bleus, violets, verts et or. Une inscription en rouge sur fond or s’étage sur trois registres parallèles. On y lit :

« Pastori optimo et / Dilectissimo sancti similiani / Nannetensis parochia 1877. »

Au meilleur et très aimé berger de la paroisse de saint Similien à Nantes, 1877.

La section est surmontée d’un double nœud intermédiaire mouluré à décors végétaux.

Puis vient le nœud mouluré, rythmé de quatre excroissances à extrémité losangée et émaillée. Sur ces extrémités figurent, en or sur fond bleu, trois anges ailés tenant la croix ou l’hostie et un saint couronné brandissant la croix et un calice. Les anges sont auréolés de nimbes verts. Le nœud est orné de motifs végétaux entrelacés en relief, incrustés de fausses pierres précieuses émaillées.

La section inscrite de la hampe est surmontée de trois niches votives à fond semi-circulaire bleuté accueillant des figurines de saints probablement conçues à part et soudées dans les niches puis sur la hampe. Les saints sont identifiables par leurs attributs et leurs noms qui sont inscrits sur la base quadrilobée des quatre niches en or sur fond émaillé bleu.

S. SIMILIANUS : saint Similien est vêtu en évêque. Il tient un livre et est coiffé de la mitre. Sa main perforée accueillait sans doute une crosse façonnée à part et aujourd’hui perdue.

S. VINCENTIUS : saint Vincent de Paul est reconnaissable à sa barbe et son habit de curé. Il porte dans ses bras un enfant.

S. CAROLUS : saint Charles de Borromée est vêtu en cardinal. On le reconnait à son bouc et à sa coiffure. Les pieds nus et la corde au cou, il porte dans ses bras la croix.

S. LUDOVICUS : saint Louis est représenté en roi. Couronné, il tient dans sa main gauche, soigneusement voilée, une couronne d’épines.

Au-dessus des quatre niches, se dresse une frise de feuilles d’acanthe d’où jaillit le crosseron.

Le crosseron porte au dos un motif en relief alterné de feuilles d’acanthe et de fleurs ponctuées de fausses pierres mauves. Sur le plat du crosseron se dessine un décor d’entrelacs et d’arabesques ponctué de fleurs incrustées de pierres vertes. Le crosseron se termine en dragon dont l’aile est tournée vers l’intérieur de la boucle, tout comme la tête. Sur le dos du dragon, au centre du crosseron, est fixée une figurine de Vierge à l’Enfant coiffée d’une couronne fleurdelisée et tenant une fleur blanche. Au-dessus de sa tête figure une grenade en relief. L’Enfant dans ses bras impose un crucifix à la gueule entrouverte du dragon d’où jaillit une langue pointue. L’œil du dragon et son collier sont incrustés de fausses pierres. Sa patte de félin repose sur une arabesque fixée à la hampe au sein de laquelle figure un blason argent et azur à hermines figurant une Vierge à l’Enfant brandissant un sceptre fleurdelisé.

Du néogothique vers l’Art Nouveau

La crosse de MgrLaborde présente une esthétique caractéristique de la transition entre le goût néogothique du XIXe et l’Art Nouveau qui se développe à la fin du siècle. Ainsi, le dragon du crosseron et les entrelacs qui décorent la hampe semblent inspirés des enluminures médiévales. De même que l’emploi d’émaux et d’incrustations de fausses pierres se retrouvent sur certains calices néogothiques du XIXe exposés dans la vitrine P de la salle d’exposition. Les niches votives semi-circulaires aux arêtes saillantes rappellent également les portails gothiques mais les motifs végétaux qui en décorent le fond bleu et l’arabesque en relief qui porte le blason relèvent davantage de l’esthétique de l’Art Nouveau.

Une crosse conçue sur mesure pour Mgr Laborde

La crosse porte le blason de Mgr Laborde : une Vierge à l’Enfant sur un fond azur et argent avec neuf hermines renvoyant aux blasons de Nantes et de Saint-Nazaire, sa ville d’origine.

La figure de saint Similien qui y est mise en avant, renvoie également à son diocèse d’origine puisqu’il s’agit du premier évêque de Nantes dont le nom ait été retenu par les documents de l’époque mérovingienne. Par ailleurs, les figures de saint Vincent de Paul et de saint Louis incarnent respectivement l’église et la cathédrale de Blois. Enfin, saint Charles Borromée, à la corde au cou, aux pieds nus et à la croix, est présent pour rappeler le patronyme de Mgr Charles Honoré Laborde.

Acquisition

La crosse a été déposée au musée par l’évêché de Blois le 9 janvier 2017. Elle est propriété de l’Association diocésaine de Blois.